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L'encyclopédie du plaisir musical

POURQUOI ?

« En modifiant en profondeur les habitudes culturelles, Internet déstabilise tout l’édifice social. Le raz-de-marée ne fait guère dans le détail. Pour une part, il révèle les manquements de ceux qui s’étaient endormis dans le confort de leur position : une presse qui n’a plus grand-chose à voir avec le mythe glorieux du « contre-pouvoir » ; une industrie du disque dévoyée par le marketing. Aujourd’hui, la panique gagne la chaîne du livre, confrontée au développement des librairies géantes en ligne, à la numérisation sauvage du patrimoine littéraire. Quant aux avantages apportés par Internet, ils restent très inégalement répartis, à la fois au sein d’un même pays et à l’échelle du globe. »

Le Monde diplomatique, février 2010.

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veut répondre aux craintes et constatations exprimées dans cet article.

les hypermarchés emprisonnent la musique

Parce que les données des hypermarchés musicaux tels que Spotify, Apple, Amazon, Tidal ou Google sont imprécises ou inexactes, 90% du patrimoine musical mondial est devenu inaccessible au grand public.

En effet, les bases de données de ces hypermarchés sont fondamentalement conçues pour la musique pop. C’est ainsi que toute œuvre musicale est considérée comme une chanson. Aucune différence entre Happy Birthday et la Passion selon Saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach, entre Yellow Submarine des Beatles et La Traviata de Giuseppe Verdi. D’autre part, compositeurs et interprètes sont tous considérés comme des « artistes ». Aucune différence entre Beethoven et Elvis Presley, entre Michael Jackson et Herbert von Karajan.
Classique et jazz comprennent plus de 500 ans de musique, du chant grégorien à Max Richter. Cela représente des dizaines de milliers de compositeurs et d’interprètes et des centaines de milliers d’œuvres aux titres plus ou moins similaires. Quant au nombre d’interprétations, on en a la tête qui tourne. Il faudrait renseigner, au minimum : le titre et l’éventuel sous-titre de l’œuvre, le genre auquel elle appartient, sa date de composition, le compositeur, son pays d’origine, le ou les interprètes et la date d’enregistrement. Si ces données sont inexactes ou imprécises, elles génèrent des réponses inconséquentes, voire absurdes.
A ce constat s’ajoute le fait que ces réponses sont contrôlées par des algorithmes qui privilégient la popularité plutôt que la pertinence.

Résultat : si l’on ne sait rien ou presque, on ne trouve que de mauvaises réponses.
Ce n’est que si l’on sait exactement ce qu’on veut, qu’on peut – avec un peu de chance – trouver des réponses adéquates.

QUELQUES EXEMPLES

Sur le site Spotify, commençons par taper « musique classique » dans la barre de recherche.

Exemple Spotify

Spotify propose une compile « 100 œuvres ». La : « Gymnopédie N° 1 » ; la seconde : « Nocturne N° 1 in C minor Op.48 » (en anglais, comme la troisième : Nocturne N°2 in D-flat Minor Op.27 : Lento sostenuto) ;la quatrième « Für Elise » (en allemand) ; la cinquième : « The Moonlight Sonet » (en fait la « Sonate au clair de lune » de Beethoven).

Aucune trace du nom des compositeurs de ces œuvres.

A droite, Spotify propose des « Artistes similaires ».
Pour la « Gymnopédie N°1 » (en fait de Satie): Cesare Galino
Pour le « Nocturne N°1» (en fait de Chopin) : The Glenn Prescot Project
Pour le « Nocturne N°2 » (en fait de Chopin) : Patrick Sébastien
Pour « Für Elise » (en fait la « Bagatelle pour Elise » de Beethoven) : Films érotiques
Pour « The Moonlight Sonet » : Films Thriller


Faisons une deuxième tentative avec la même requête.

Exemple Spotify

Surgissent une foule d’albums disparates et une playlist.
Ecoutons.
Plage 1 : « Pavane, op.50 » : sans indiquer qu’il s’agit de la « Pavane » de Gabriel Fauré, dans un arrangement pitoyable pour guitare par un certain Marcel Depuis, extrait d’un album intitulé « Dramatique Musique Classique ».
Plages 2,3 et 4: « Pluie tropicale », « Vent et pluie » et « Rivière calme » extraits de l’album « Sons de la nature classique ».


Essayons autre chose.
Prenons par exemple la 9ème Symphonie en ré mineur de Beethoven. Il en existe des centaines d’enregistrements.

Voici ce qu’on obtient, sur Spotify, en écrivant « Beethoven Symphonie N° 9 » dans la barre de recherche :

Exemple Spotify

Réponses « les plus pertinentes » :
1. 4ème mouvement « Choral » dans un album de 5 CD intitulé « Les 100 chefs d’œuvre de la musique classique ». Artistes : Ludwig van Beethoven (serait-ce lui qui dirige ?), Gwyneth Jones, Tatiana Troyanos. Il s’agit en fait de la version de Karl Böhm de 1971. Mais rien ne l’indique
2. Allegretto de la 7ème symphonie extrait de la compilation « Les élections classiques 2012 »sans autres indications.
3. Allegretto de la 7ème symphonie par André Cluytens.
4. Allegro de le 6ème Symphonie « Pastorale » par André Cluytens.


Cherchons la 9ème par Herbert von Karajan. Il l’a enregistrée cinq fois, de 1947 à 1983.

Exemple Spotify

Spotify ne connaît qu’une seule version de la Symphonie N°9 par Karajan, sans préciser laquelle. Il s’agit du 4ème mouvement extrait de la compilation « Les élections classiques 2012 ».

Ces exemples concernent l’une des œuvres les plus célèbres du répertoire.
Essayons d’être un peu plus spécifique…

Cherchons Les Noces de Figaro de Mozart. On notera que l’œuvre s’intitule Le Nozze di Figaro en original et The Marriage of Figaro en anglais. Mieux vaut donc écrire « Mozart » et « Figaro ».

Exemple Spotify

Sur Spotify, on obtient des centaines de réponses ou « recommandations ». Selon des critères mystérieux, 12 albums apparaissent, suivis d’une playlist sans ordre, qui commence par deux versions de l’ouverture (l’une intitulée « Overture », l’autre « Sinfonia ») suivies par un aria de l’acte 3, puis de deux autre versions de l’ouverture.


Cherchons une version de référence : Carlo Maria Giulini.

Exemple Spotify

Quatre albums apparaissent, alors que Giulini n’a enregistré Les Noces qu’une seule fois. Si on lance l’écoute, on a droit au « voi che sapete » de l’acte 2 deux fois de suite, une fois intitulée « Arietta », l’autre fois « Canzon ». L’ouverture arrive en 4ème position. La suite est à l’avenant.


Replions-nous sur les playlists. Sur Spotify, recherchons « Playlist classique ».

Exemple Spotify

Pour les albums : deux réponses. Le premier concerne l’Indie Pop Rock.

Exemple Spotify

L’autre (considéré comme « meilleur résultat ») est une véritable abomination intitulée « Study with Calm Music – Étudiez avec de la musique calme », arrangements pitoyables et tronqués pour piano solo par un certain Alberto Passagio, d’œuvres de Chopin, Mozart, Bach (qui ne sont d’ailleurs pas mentionnés).